Sergio Leone: Je produisais mais il n'était pas
question que je réalise. Il nous fallait trouver un metteur en
scène. Concernant les acteurs, la United Artists m'a conseillé de
prendre Rod Steiger pour interpréter le péon et j'ai choisi James
Coburn pour incarner l'irlandais. Cependant, tout se ralentissait à
l'approche du tournage. Aucun metteur en scène n'était désigné.
C'est alors que j'ai joint Sam Peckinpah à Londres. Nous étions
très amis. Il était enchanté de faire un film que je produisais. Je
savais la portée de nos deux noms sur une affiche. J'ai donc
prévenu la United Artists. A ma grande surprise, je les sens gênés.
Le lendemain, on m'annonce que les acteurs ne feront le film qu'à
la condition que j'en sois le réalisateur. Nous étions à une
semaine du tournage. Toute l'équipe se trouvait déjà en Espagne. Je
m'y suis rendu immédiatement avec le projet d'assassiner les deux
stars. J'étais furieux. Sur les lieux, j'ai pris connaissance de
tous les détails d'un complot fomenté autour de moi. Dès la
signature de notre accord, la United Artists m'avait tendu un
guet-apens. Tout le monde avait trempé dans une combine qui devait
m'obliger à réaliser ce film. Même ma famille ! J'étais le seul à
ne pas être au courant de l'opération. J'étais coincé entre deux
solutions: annuler le film ou le réaliser moi-même. J'ai donc
accepté de le mettre en scène mais j'ai prévenu les deux vedettes:
«Très bien. Je fais le film. Mais il ne faudra jamais me demander
le soir ce que je vais tourner le lendemain. Parce que, si c'est
moi qui réalise, je dois tout réécrire pour que cela concorde avec
mon univers. Et je ne pourrais inventer que pendant le tournage. Il
va me falloir avancer à l'aveuglette... » Ils ont accepté
l'aventure. Et je me suis retrouvé en train de faire le film le
plus difficile du monde.
♦ Sergio Leone avait souhaité que le film s'intitule: Il
était une fois la Révolution. Mais il n'y a qu'en France que
le film s'est appelé ainsi. En Italie, le distributeur pensait
qu'on pouvait faire une confusion avec Prima Della
Rivoluzione de Bertolucci, tourné 5 ans auparavant. Alors
Leone a choisi Giu' la Testa qui signifie: « courber
l'échine. » Dans certains pays anglo-saxons, on a d'abord rebaptisé
le film: Duck, you Sucker puis, A Fistful of
Dynamite.
La colère de Sergio
Leone
« Moi, si je veux tourner 24 heures d'affilée, je le fais. Et je me fiche que tu t'appelles Rod Steiger et que tu aies gagné par erreur un Oscar ! Car tu n'es qu'une espèce de morceau de merde ! Et je t'envoie te faire foutre, toi et la United Artists ! Demain, je te remplace parce que tu es un acteur nul ! Sans votre combine, je n'aurais jamais accepté de travailler avec un type comme toi ! »


