Accueil Date de création : 28/08/08 Dernière mise à jour : 29/11/11 12:31 / 73 articles publiés

Les 39 Marches (1935)  (Photos de tournage) posté le lundi 16 mars 2009 15:22

 

Hitchcock dirigeant Robert Donat et Madeleine Carroll

 

Ce que j'aime dans les 39 Marches, c'est la soudaineté des transitions. Robert Donat est venu de lui-même au commissariat pour dénoncer l'homme au doigt coupé et raconter comment il a échappé à la mort grâce à la balle de revolver logée dans la bible. Mais voilà qu'on ne le croit pas et qu'on lui passe les menottes. On ne sait pas comment il s'en sortira. La caméra passe dans la rue et l'on voit Donat sauter à travers la fenêtre qui se brise en mille morceaux. Immédiatement, il croise un groupe de musiciens de l'Armée du Salut et se mêle à eux. Ensuite, il se dirige vers une impasse et il est happé dans un couloir. « Dieu soit loué, notre conférencier est arrivé », dit-on, et on le pousse sur une estrade où il doit improviser un discours électoral.

La fille qu'il avait embrassée dans le train et qui l'avait déjà dénoncé une fois, surgit avec deux types pour l'emmener en voiture au commissariat, mais en fait, ce sont deux faux policiers et Donat, lié à la fille par des menottes, s'échappera avec elle à la faveur d'un encombrement occasionné par un troupeau de moutons. Ils vont passer une nuit à l'hôtel, toujours liés par les menottes, et ça continue...

Voilà ce qu'il y a d'épatant, la rapidité des transitions. Il faut travailler beaucoup pour y arriver, mais ça en vaut la peine. Il faut employer une idée après l'autre et cela en sacrifiant tout à la rapidité.

La vraisemblance ne m'intéresse pas.


                                                                                         Alfred Hitchcock

 

 

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Hommage à Stanley Kubrick - 5 -  (Cinéastes) posté le jeudi 12 mars 2009 23:24

 

Propos de Stanley Kubrick

♦ L'impression que donne le fait de tourner un nouveau film est à chaque fois la même. Il y a là un phénomène extraordinairement suggestif d'intemporalité. Les choses redeviennent exactement les mêmes que lorsque j'avais dix-huit ans et que je travaillais à mon premier film. Le temps semble totalement abolit.


 

♦ Pour moi, ce qu'il y a de plus difficile, c'est de trouver une histoire. C'est beaucoup plus dur que de rassembler l'argent, écrire le scénario, tourner le film, le monter, etc... Je passe un temps considérable avant de trouver une histoire qui en vaut vraiment la peine. Je n'ai jamais eu la chance de trouver une histoire au moment où je terminais un film. Je crois que le plus court délai avant de tomber sur un sujet fut un an. Il n'y a pas de méthode systématique qui fonctionne. C'est comme de chercher quelqu'un pour devenir amoureux. Il n'y a pas grand-chose à faire sinon de garder les yeux bien ouverts.


 

♦ A l'exception de certaines suites à de grands succès, je ne pense pas que quiconque sache ce que le public désire voir. Et je ne pense pas que le public le sache davantage.

♦ Je n'ai jamais fait de très gros succès avec un film. J'ai acquis une réputation petit à petit. On pourrait dire, j'imagine, que je suis un réalisateur heureux dans la mesure où l'on parle souvent de moi en termes flatteurs. Mais aucun de mes films n'a jamais reçu d'accueil enthousiaste unanime, et aucun n'a jamais été une affaire du tonnerre.


 


Au sujet de 2001: l'Odyssée de l'espace

♦ J'ai tenté de créer une expérience visuelle qui aille au-delà des références verbales habituelles et qui pénètre directement le subconscient de son contenu émotionnel et philosophique. J'ai eu l'intention de faire de mon film une expérience intensément subjective qui atteigne le spectateur au niveau le plus intérieur de sa conscience juste comme fait la musique. Vous avez la liberté de spéculer à votre gré sur la signification philosophique et allégorique de ce film.


 


 

 

 

Au sujet d'Orange Mécanique

♦ Les aventures d'Alex sont une sorte de mythe psychologique. Notre subconscient trouve un soulagement en Alex comme il en trouve un dans les rêves. Il souffre de voir Alex bâillonné et puni par les autorités pendant qu'une bonne part de notre conscient avoue qu'il faut qu'il en soit ainsi.


 


 

Greenwich Village reconstitué au studio de Pinewood (Londres)

Tournage de Eyes Wide Shut

 

 

Rien de grand n'a jamais été accompli sans souffrance

                                                                   Stanley Kubrick

 

THE  END


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Hommage à Stanley Kubrick - 4 -  (Cinéastes) posté le jeudi 12 mars 2009 11:07

 

 

Témoignages

Christiane Kubrick (femme de Kubrick): Il y a de nombreux scripts qu'il n'a jamais mis en scène, parce qu'au dernier moment il décidait que cela ne valait pas le coup. Ça le rendait très triste. Il aurait voulu tourner plus de films. Mais il ne se lançait jamais dans un film dont il ne soit pas sûr à 100 %.

C.K.: Il refusait de tourner une scène comportant la moindre souffrance pour un animal.

C.K.: On disait qu'il n'aimait pas les femmes. Certains journalistes sont vraiment stupides. (note: Kubrick vivait avec sa femme et ses trois filles).

Jan Harlan (beau-frère de Kubrick et producteur exécutif de tous ses films depuis Barry Lyndon): Il refusait la pornographie gratuite.

J.H.: Il s'est senti incompris et insulté après la sortie d'Orange Mécanique.

J.H.: Heureusement, nous avons été autorisés par les autorités locales à l'enterrer dans son jardin. Dans le Hertfordshire, c'est la deuxième fois que cela arrive. La première, c'était pour George Bernard Shaw en 1950.

Louis Blau (avocat de Kubrick depuis 1958): Il a fait 2001, l'Odyssée de l'espace parce qu'il croyait que l'on n'avait jamais tourné un vrai film de science-fiction auparavant. La plupart, pensait-il, n'étaient que des films de pure imagination.

L.B.: La cérémonie d'inhumation s'est déroulée à la mode Kubrick. Il est enterré avec ses animaux, chiens, chats, écureuils.

Ken Adam (chef décorateur sur Docteur Folamour et Barry Lyndon): Je pense qu'il a été choqué par les violentes réactions à Orange Mécanique. Même si ce film a été celui qui a eu le plus de succès.

Gilles Jacob (délégué général du Festival de Cannes): J'aurais adoré avoir Kubrick comme président du jury. D'évidence, il ne serait pas venu. Nous avions donc étudié de lui faire envoyer les films dans sa salle de projection et je suis sûr qu'il aurait aimé — lui qui se tenait au courant du travail de ses confrères — mener par satellite les délibérations avec ses collègues du jury restés à Cannes. Et naturellement, nous aurions prévu cet événement pour 2001... Maintenant qu'il a disparu et que la chose ne peut plus se réaliser, je vous laisse le soin de deviner si ce projet a été élaboré dans le détail ou si je l'ai seulement rêvé...

 

Anecdotes

♦ Kubrick avait réveillé en pleine nuit l'un des ses producteurs new-yorkais de la Warner parce que le New York Times avait oublié d'imprimer la séance de 13 h 30 de Shining dans un cinéma de Manhattan.


♦ Stanley Kubrick sortait si peu souvent de son château qu'un Anglais, Alan Conway, ne ressemblant ni de près ni de loin au metteur en scène, a pu pendant des mois, au début des années 90, se faire passer pour le maître. L'imposteur réussit à tromper les meilleurs clubs ou restaurants de Londres, se faisant même inviter par un critique du New York Times qui ne découvrit la supercherie qu'en vérifiant les affirmations incroyables de Conway auprès de la Warner. L'usurpateur, par ailleurs homosexuel, était venu au dîner accompagné de jeunes garçons, et le journaliste du Times avait cru que Kubrick était devenu gay !
L'histoire de Conway a été portée au cinéma par Brian Cook qui fut l'un des assistants réalisateurs de Kubrick, sous le titre Appelez-moi Kubrick (2005), avec John Malkovich dans le rôle d'Alan Conway.

 


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Hommage à Stanley Kubrick - 3 -  (Cinéastes) posté le mardi 10 mars 2009 12:14

 

Entretien avec Marisa Berenson

(Lady Lyndon dans Barry Lyndon)


 

Dans votre souvenir, comment vous apparaît Stanley Kubrick ?

Sa disparition m'a rendue très triste. C'est quelqu'un qui me touchait beaucoup. Il était très introverti, très secret, mais avec une grande vie intérieure et une vraie sensibilité. J'en sais peu de chose car il ne s'ouvrait pas beaucoup, mais il y avait en lui une grande tendresse et une grande passion pour ce qu'il faisait. Ce qui frappait, c'était bien sûr son énorme intelligence, mais il avait aussi beaucoup d'humour. C'était un grand timide qui se protégeait beaucoup, mais il était habité par ce qui le passionnait 24 heures sur 24. Il était très exigeant avec les autres, attendant d'eux qu'ils soient autant impliqués que lui et aussi perfectionnistes.



Si on regarde ses films, on peut en déduire qu'il avait certainement avec les femmes un rapport très différent de celui qu'il entretenait avec les hommes.

Il m'approchait effectivement avec beaucoup de timidité et, pendant le tournage, il m'écrivait souvent des lettres plutôt que de venir me parler. Avec Ryan O'Neal, il s'entretenait beaucoup plus volontiers, discutant de sport ou de choses de ce genre, comme les hommes le font entre eux. Ses lettres étaient très personnelles et venaient à des moments où il estimait nécessaire de communiquer avec moi. Sur le plateau, il ne s'exprimait pas beaucoup, même pour diriger ses acteurs. En tout cas, il était plus à l'aise avec Ryan. Après le film, il est resté fidèle, il m'a toujours témoigné du respect et appréciait mon travail, ce qui est touchant et rare chez un metteur en scène. Il nous a quittés très calmement, Eyes Wide Shut terminé, comme si c'était la dernière chose qu'il avait eu envie de faire.



Le rôle du regard est très important dans ses films, et c'est par le regard que vous vous exprimez dans Barry Lyndon, puisque vous ne prenez la parole que 5 ou 6 fois.

Je suis une de ces comédiennes qui aiment les émotions et les regards, et cela ne me gênait pas, au contraire, de faire passer par les yeux ce que je ressentais. Dans la scène de séduction par exemple, où je suis à la table de jeux, où je sors sur la terrasse et où Ryan me suit, il n'y a jamais eu de dialogue, et c'est d'autant plus fort. S'il a dû refaire des prises, c'était à cause de l'extrême complication technique autour de la table. L'objectif Zeiss était très sensible - il y en avait à l'époque que deux au monde, l'un pour Stanley, l'autre sur une navette spatiale qui faisait le tour de la Terre - et, à cause de cet objectif, nous pouvions à peine bouger, sinon nous aurions été flous. De plus, il n'y avait aucun éclairage artificiel, mais des centaines de bougies qu'il fallait sans cesse remplacer quand elles avaient fini de brûler.

Quand vous êtes au chevet de Brian, votre fils cadet qui va mourir, vos cheveux sont défaits et votre visage livide de douleur. On sent que c'est un tournant dans votre vie...

C'était aussi une séquence très difficile, car très émotionnelle. Ryan O'Neal devait pleurer, et je me souviens que Kubrick a fait beaucoup de prises sur lui, une cinquantaine je crois, pendant des heures, pour qu'à la fin il soit complètement cassé.

 


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Hommage à Stanley Kubrick - 2 -  (Cinéastes) posté le lundi 09 mars 2009 14:23

 

Propos de Martin Scorsese

 

La mort de Stanley Kubrick m'a causé un grand choc. Je suis intimement convaincu qu'il était l'un des seuls véritables maîtres modernes. Sa disparition constitue une perte incalculable pour le cinéma. Peu de cinéastes auront exercé autant d'influence que lui. Avec Dr Folamour, il a quasiment inventé un genre, celui de la comédie noire. Avec 2001, il a jeté, à lui seul, les bases du film de science-fiction moderne. Avec Orange Mécanique, il a pressenti l'esthétique punk. Avec Barry Lyndon, il est parvenu à créer quelque chose de si extraordinaire, si mystérieux et si profondément sensible que je me demande souvent si ce chef d'oeuvre a bien été perçu pour ce qu'il est. j'ai toujours eu le sentiment qu'avec chacun de ses films, Kubrick nous indiquait le cap, depuis les hauteurs où il avait accédé. Je crois que je ne suis pas le seul à avoir éprouvé cette impression. Chaque fois qu'il sortait un film - après des années de silence et de réflexion de plus en plus longues au fil du temps -, ce film constituait un événement majeur. On savait qu'on allait être surpris et apprendre quelque chose. Pour dire les choses simplement, on savait qu'on était entre les mains d'un maître, dont chaque film brillait tel un phare. j'ai visionné et disséqué ses films bien des fois, pendant toutes ces années. Pourtant, chaque fois que je revois 2001, Barry Lyndon ou Lolita, j'y découvre invariablement un niveau qui ne m'était pas encore apparu.

Avec chaque film, Kubrick se redéfinissait et redéfinissait le cinéma et l'étendue de ses possibilités. Je suis certain que tous ceux qui s'intéressent de près ou de loin au cinéma ressentent cette immense perte...

 

 

Propos de John Milius

 

Stanley se moquait de l'heure. Il pouvait vous appeler en pleine nuit. Une fois, je lui ai dit: «Stanley, c'est le milieu de la nuit.» Il m'a répondu: «Tu es réveillé, non ?» Il ne parlait jamais moins d'une heure. Il avait tellement de choses dont il voulait discuter, il avait des théories sur tout. Il pensait que la plupart des films étaient des escroqueries et que les gens qui les tournaient étaient des escrocs. Il était fasciné par l'idée du film pur par opposition à la simple narration des histoires. Il estimait que les films souffraient d'avoir à raconter une histoire. C'est pourquoi vous avez à l'autre bout du spectre cinématographique quelque chose comme la fin de 2001.

Il était très sensible à la critique et au succès ou à l'échec de ses films. Il n'était pas très à l'aise avec Barry Lyndon. Il pensait que le public ne marcherait pas. Le film a ennuyé les gens. Je pense qu'après ce film il a cru que personne ne lui en laisserait tourner un autre. En fait, la seule chose qui l'a vraiment gêné, c'est que Barry Lyndon a été un échec commercial. Il a fait Shining contre cet échec.

 


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